Se retourner dans le lit devient un calvaire, sortir de la voiture arrache une grimace, et chaque pas réveille une douleur lancinante au niveau du pubis ou des fesses. Si vous vivez cette situation, sachez que vous n'êtes pas un cas isolé : selon une méta-analyse publiée dans l'European Journal of Pain (2022), 56 à 72 % des femmes enceintes souffrent de douleurs sacro-iliaques, et le syndrome de Lacomme touche 20 à 30 % des grossesses (il se manifeste principalement entre la 24e et la 36e semaine d'aménorrhée, parfois dès la 18e SA, et reste bénin, sans aucun danger pour le fœtus). Ces douleurs pelviennes sont-elles pour autant une fatalité ? Leslie Brossier, ostéopathe spécialisée dans l'accompagnement des femmes enceintes à Lançon-Provence, accompagne régulièrement des futures mamans confrontées à ces douleurs du bassin et des hanches, en proposant une prise en charge douce, sans médicament, adaptée à chaque stade de grossesse.
Ce qu'il faut retenir
Pour saisir pourquoi le bassin devient si douloureux pendant la grossesse, il faut d'abord visualiser sa structure. Le bassin se compose de trois pièces osseuses : le sacrum à l'arrière et deux os iliaques sur les côtés, qui se rejoignent à l'avant pour former la symphyse pubienne. Cette dernière est une articulation cartilagineuse normalement quasi immobile, avec un écart physiologique de seulement 4 mm chez la femme non enceinte. Le coccyx prolonge le sacrum vers le bas, et les articulations sacro-iliaques — droite et gauche — relient le sacrum aux os iliaques en arrière.
La hanche, elle, est une articulation distincte (l'articulation coxo-fémorale) qui relie le fémur à l'os iliaque. Ses douleurs sont souvent confondues avec celles des sacro-iliaques car elles irradient dans des zones proches. Et voilà ce qui complique le diagnostic pour beaucoup de femmes enceintes : ces trois types de douleurs peuvent coexister chez la même patiente.
La douleur sacro-iliaque se localise d'un côté du bas du dos, irradie dans la fesse et parfois le haut de la cuisse. Elle est souvent décrite comme un « coup de couteau ». La douleur de la symphyse pubienne, en revanche, se manifeste à l'avant du bassin, au niveau du pubis et du bas-ventre, avec une irradiation vers la racine des cuisses et une sensation de pesanteur. Quant à la douleur de hanche, elle est plus latérale, liée aux modifications posturales et à la surcharge articulaire.
Pour confirmer cliniquement une atteinte sacro-iliaque ou symphysaire, le médecin ou la sage-femme peut réaliser le « Patrick's Faber test ». Il consiste, en position allongée sur le dos, à poser le talon sur le genou opposé puis à exercer une pression sur la face interne du genou fléchi : le test est positif si une douleur est ressentie au niveau de la sacro-iliaque ou de la symphyse pubienne. Ce test est utile pour confirmer le diagnostic avant toute prise en charge manuelle et orienter au mieux vers l'ostéopathe.
Cette distinction est importante car elle permet d'orienter la prise en charge. Si vous ressentez une pesanteur intense dans le bas-ventre, consultez d'abord votre médecin ou votre sage-femme pour écarter toute menace d'accouchement prématuré avant d'envisager un suivi ostéopathique.
⚠ À noter : le Patrick's Faber test ne doit jamais être réalisé en automédication. Une douleur vive peut masquer une autre pathologie (hernie discale, menace d'accouchement prématuré). Seul un professionnel de santé est en mesure d'interpréter correctement le résultat et d'exclure d'éventuelles complications.
La relaxine est l'hormone clé à connaître. Produite par les ovaires dès le premier trimestre, elle atteint un pic au troisième trimestre. Son rôle est d'assouplir les ligaments du bassin pour préparer le passage du bébé lors de l'accouchement. Mais en rendant ces ligaments plus lâches, elle crée une hypermobilité articulaire qui irrite les sacro-iliaques et la symphyse pubienne.
À ce facteur hormonal s'ajoute un facteur purement mécanique. L'utérus passe de 60 g à plus d'un kilogramme, le volume sanguin augmente de 20 à 30 %, et le centre de gravité bascule vers l'avant. Le corps compense par une hyperlordose lombaire — une cambrure excessive du bas du dos — qui surcharge les articulations postérieures du bassin. À chaque pas, un mouvement de cisaillement se produit au niveau de la symphyse pubienne, ce qui explique cette douleur vive et caractéristique à la marche.
Le cercle vicieux se referme lorsque le corps tente de stabiliser ce bassin devenu instable. Le plancher pelvien, les fessiers, les adducteurs, le psoas et le carré des lombes se contractent en permanence pour compenser. Ces tensions musculaires génèrent à leur tour une couche supplémentaire de douleurs. Des antécédents comme une chute sur les fesses ou un traumatisme ancien du bassin peuvent amplifier ce phénomène en réduisant la mobilité articulaire disponible.
Certaines femmes présentent un risque aggravé de douleurs pelviennes pendant la grossesse. Trois profils se distinguent : (1) les femmes ayant des antécédents de traumatisme du bassin (chute sur les fesses, accident) — les cicatrices articulaires réduisent la mobilité disponible et amplifient les contraintes sur des ligaments déjà relâchés par la relaxine ; (2) les grossesses multiples ou rapprochées, où le bassin n'a pas retrouvé sa stabilité ligamentaire entre deux grossesses ; (3) les femmes présentant un taux de sécrétion de relaxine particulièrement élevé, induisant une instabilité pelvienne et des douleurs plus intenses que la moyenne. Si vous vous reconnaissez dans l'un de ces profils, il est préférable de consulter dès les premiers signes plutôt que d'attendre l'aggravation.
Exemple concret : Elsa Vernet, 31 ans, enceinte de son deuxième enfant (sa première grossesse remontait à seulement 14 mois), a commencé à ressentir des douleurs aux sacro-iliaques dès la 16e semaine d'aménorrhée — bien plus tôt que lors de sa première grossesse. Son bassin n'avait pas retrouvé une stabilité ligamentaire complète. Après un bilan avec Leslie Brossier, deux séances espacées de trois semaines ont permis de rééquilibrer les tensions pelviennes et de réduire nettement l'intensité des douleurs à la marche, lui permettant de reprendre ses promenades quotidiennes avec son aîné.
Conseil : si vous présentez l'un de ces facteurs de risque, pensez à le mentionner dès la première consultation : l'anamnèse ostéopathique doit impérativement recenser ces antécédents pour adapter le protocole de prise en charge.
Voici une question légitime que se posent beaucoup de femmes enceintes : les techniques manuelles ne risquent-elles pas d'aggraver une articulation déjà fragilisée ? La réponse est claire. Aucun thrust ni manipulation à haute vélocité n'est pratiqué sur une femme enceinte. L'ostéopathe utilise exclusivement des mobilisations articulaires douces, des relâchements myofasciaux et des techniques myotensives. Toutes les interventions sont externes et non invasives.
L'ostéopathe travaille sur quatre zones de mobilité clés : le sacrum, les ailes iliaques, le coccyx et les articulations sacro-iliaques. L'objectif est de rééquilibrer les deux hémi-bassins et de libérer les tensions ligamentaires accumulées. Il intervient également sur les muscles péri-pelviens — piriforme, psoas, carré des lombes, adducteurs, plancher pelvien — pour briser le cercle vicieux de compensation musculaire décrit plus haut.
La vision de l'ostéopathe ne se limite pas au bassin. Le diaphragme, par exemple, est en adaptation constante avec la croissance de l'utérus. En améliorant le confort respiratoire, l'ostéopathe réduit indirectement les pressions intra-abdominales qui s'exercent sur le bassin. Les ligaments utérins, qui peuvent tirer sur le sacrum et générer des douleurs référées, sont harmonisés par des techniques douces de deux à trois minutes par zone. Le retour veineux pelvien, souvent perturbé par la compression de l'utérus sur les veines iliaques, fait aussi partie du champ d'intervention.
Le diastasis symphysaire désigne un écartement de la symphyse pubienne supérieur à 10 mm, contre 4 mm en temps normal et jusqu'à 9 mm considérés comme physiologiques pendant la grossesse. Son incidence est estimée entre 1/300 et 1/20 000 grossesses selon les critères diagnostiques retenus. 85 % des cas surviennent chez des femmes de 25 à 35 ans (avec un pic à 29 ans), les primipares représentent 60 % des cas, et le risque de récidive lors d'une grossesse ultérieure atteint 30 %. Le diagnostic est confirmé par échographie pendant la grossesse ou par radiographie en post-partum. En cas de diastasis diagnostiqué, l'ostéopathe adapte ses techniques : il travaille sur l'équilibre global du bassin sans exercer de contrainte directe en compression ou en écartement sur la symphyse. La détente musculaire et l'harmonisation posturale sont alors prioritaires.
Le Journal of Bodywork and Movement Therapies (2023) a démontré qu'un protocole de traitement manuel réduit significativement la douleur et améliore la fonction locomotrice après seulement quatre séances. Le Journal of Osteopathic Medicine (2023) confirme l'efficacité des techniques manuelles ostéopathiques sur les douleurs pelviennes de grossesse. Ces résultats sont d'autant plus précieux que les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont formellement contre-indiqués au 1er et au 3e trimestre de grossesse. Ils ne peuvent être utilisés qu'au 2e trimestre, uniquement pour un traitement n'excédant pas 5 jours, ce qui en fait une option très limitée. Ils restent en revanche disponibles en post-partum en cas de crise douloureuse intense après l'accouchement.
En termes de calendrier, une consultation est possible dès le premier trimestre à titre préventif, même sans douleur. Lorsque les douleurs sont installées, des séances toutes les trois à quatre semaines suffisent généralement. Une séance spécifique autour de la 36e semaine d'aménorrhée est recommandée pour vérifier la mobilité du bassin avant l'accouchement. La première consultation dure entre 45 minutes et une heure.
Côté coût, les séances d'ostéopathie ne sont pas prises en charge par la Sécurité sociale. Pour savoir si vos séances peuvent être remboursées, consultez votre contrat de complémentaire santé sous le poste intitulé « médecines douces » ou « médecines naturelles » : de nombreuses mutuelles remboursent partiellement entre une et cinq séances par an. L'ostéopathie est complémentaire des sept séances de préparation à l'accouchement avec la sage-femme (remboursées à 100 % par la Sécurité sociale), mais ne s'y substitue pas. Il est également recommandé de prévoir une séance ostéopathique avant de démarrer la rééducation périnéale post-partum, afin que les muscles soient travaillés sur un bassin déjà rééquilibré.
À noter : après chaque séance d'ostéopathie pendant la grossesse, trois recommandations s'appliquent systématiquement : se reposer pendant 48 heures, ne pas porter de charges lourdes et bien s'hydrater. Un léger ressenti de type courbatures peut apparaître dans les 24 à 48 heures sur les zones traitées : c'est une réaction normale et transitoire, non un signe d'aggravation. En revanche, si la douleur est nettement augmentée ou accompagnée de nouveaux symptômes (fièvre, contractions), contactez votre médecin ou votre sage-femme sans attendre.
En attendant votre séance ou entre deux consultations, des gestes simples permettent de ne pas aggraver la situation. Le principe général est d'éviter tout mouvement asymétrique qui cisaille la symphyse pubienne.
Un premier exercice peut être pratiqué chez vous : la bascule du bassin à quatre pattes. Mains sous les épaules, genoux sous les hanches, arrondissez le dos en expirant (position du chat), puis revenez en position neutre en inspirant. Dix répétitions, deux fois par jour. Ce mouvement délie les articulations sacro-iliaques sans contrainte sur la symphyse.
Un second exercice complémentaire est le demi-pont : allongée sur le dos, genoux fléchis, pieds à plat à largeur de bassin, expirez en soulevant doucement le bassin en engageant les fessiers, maintenez 3 secondes, puis redescendez lentement — 10 répétitions, 1 à 2 fois par jour. Cet exercice renforce les muscles fessiers et les ischio-jambiers, stabilisant le bassin sans compression sur la symphyse. Il est complémentaire de la bascule du chat pour renforcer la stabilité active du bassin.
Conseil : arrêtez immédiatement le demi-pont en cas d'inconfort dans le bas du dos ou au niveau du pubis. Ces exercices ne remplacent pas une prise en charge ostéopathique : ils visent à maintenir les bénéfices des séances entre deux consultations.
Côté activité physique, la marche progressive reste bénéfique — commencez par 15 minutes trois fois par semaine, puis augmentez jusqu'à 30 minutes quatre fois par semaine. Ralentissez si la douleur apparaît. La natation est particulièrement indiquée : la poussée d'Archimède décharge les articulations du poids corporel tout en maintenant la mobilité pelvienne.
Si vous souffrez de douleurs du bassin ou des hanches pendant votre grossesse et que vous résidez à proximité de Lançon-Provence, Leslie Brossier vous accueille pour un bilan personnalisé. Grâce à une approche adaptée à chaque stade de la grossesse, elle prend en charge les douleurs pelviennes, les tensions musculaires et les troubles fonctionnels associés, en toute sécurité. N'attendez pas que la douleur devienne invalidante : un accompagnement précoce peut faire une réelle différence dans votre confort au quotidien et dans la préparation de votre accouchement.